L'extrême respect des traditions
Si les facilitateurs formés à l’auto évaluation ont pu si bien se faire accepter et écouter par les communautés, s’ils ont pu faire adopter ainsi par les groupes de théâtre locaux une mission de prévention du paludisme, c’est sans nul doute en raison de leur profond respect de chaque communauté.
Un chef de village nous l’avait dit : « Le processus de la Compétence ne nous a pas été imposé. Les gens de la NSGA et du Centre régional de la santé sont venus nous voir d’abord, nous les chefs. Ils nous ont demandé ce que nous aimerions savoir à propos du paludisme. Puis ils nous ont expliqué ce qu’ils proposaient de faire. Nous avons tout de suite été d’accord».
Abu Carr Sisawo, Lamin Fatty, Yancouba Bojang, Souleiman Manneh et les autres facilitateurs prennent grand soin d’écouter longuement les communautés, de connaître leurs traditions et tabous respectifs. Il n’est pas question, par exemple, de dire : « N’allez plus chez le marabout ». Les marabouts font partie de la vie, tout le monde les consulte, avant un voyage, un mariage, un examen, pour la réussite d’une affaire ... « Simplement, note Abu Carr Sisawo, nous montrons aux gens que, comme ils en font le constat eux-mêmes, le marabout ne guérit pas le paludisme. C’est au centre de santé qu’on le guérit. »
Dans telle communauté (à propos du sida cette fois) il n’est pas pensable de parler expressément de sexe devant les anciens. Dans telle autre, au cours d’une projection de cinéma, il est inconvenant de diffuser de la musique à un niveau trop fort. « Nous devons respecter profondément les communautés. Etre proches d’elles tout en restant à notre place. Leur permettre - toujours - de prendre elles mêmes leur sort en main, face au paludisme.
L’auto évaluation nous aide beaucoup. C’est un outil de discussion, de négociation. »

