L'impact de l'approche de la Compétence face au paludisme

Un changement d'attitude majeur

Action Plan, Alaukpabounto, Togo

Tout club des mères se donne un nom qui doit être agréé par la Croix Rouge. Celui de Djangou (région des Savanes) a choisi « Monlebde », ce qui signifie « changement d’attitude ».

Le tout premier changement est sans nul doute la prise de conscience que le paludisme est une maladie véhiculé par les moustiques et non pas le résultat d’une quelconque sorcellerie.
La plupart des petits sketches éducatifs réalisées par les groupes de théâtre des clubs mettent en scène un père de famille qui, voyant son enfant malade, se précipite chez le charlatan pour que celui-ci éloigne le mauvais sort. S’ensuit un conflit soit avec son épouse, soit avec des voisins mieux informés. L’enjeu étant, une fois constaté l’inefficacité de la sorcellerie, de se rendre au centre de santé puis de mettre en oeuvre toutes les bonnes pratiques de prévention.

Changement d’attitude, en effet. Une dame âgée rappelle : « Avant, à cinq mois de grossesses, nous n’allions pas au centre de santé. Le mari allait charlataner. On immolait une poule aux ancêtres pour protéger le foetus. De nos jours, la mortalité a énormément diminué car les femmes vont à la consultation et utilisent les moustiquaires.  Grâce au club des mères, elles ont compris que le charlatan ne guérissait pas ».

Et elles se prennent en main. A Djangou, tout au nord, le plan d’action des femmes pour le mois de novembre, prévoit ainsi : Visites à domicile pour stimuler le creusement de puits perdus afin d’éliminer les eaux usées ; sensibilisation au bon accrochage des moustiquaires ; suivi à domicile de l’utilisation effective des moustiquaires ; réunion d’information et de conseils pour les femmes enceintes.

Adelassissi Aremu, coordinateur de la Croix Rouge pour la région des Savanes, a basé l’essentiel de son action sur ces clubs de mères : « Nous sommes présents dans la quasi totalité des 400 villages de la région. Cela représente 16 000 femmes avec lesquelles nous  avons créé une véritable société rurale féminine. ».

Dès qu’un club est constitué et agréé par la Croix Rouge, il procède à son auto évaluation face au paludisme. « Cet outil-là est très important souligne Adelassissi Aremu : il fait démarrer la discussion, il stimule la parole de la femme. Alors, les femmes s’approprient les connaissances et décident d’agir. Et quand la femme dit « oui », elle le fait ! Nous n’aurions jamais pu faire cela avec les hommes... »
A Aloukpabountou (région centrale), le dynamisme des femmes a entraîné toute la communauté. Le plan d’action qu’on nous présente pour la période octobre à décembre 2008 indique ceci :

Détruire les gîtes larvaires de moustiques
Nettoyer les puits
Installer de nouvelles moustiquaires imprégnées
Nettoyer autour des maisons
Creuser des puits perdus.

« Toute la communauté s’y met, nous assure le chef Kola. A fin octobre il ne nous reste plus qu’à nous attaquer aux puits perdus ».