An Introduction to the Mission to Togo
Deux atouts pour le Togo:
le réseau de la Croix Rouge
les femmes
Monsieur Tindandjoa Doguene, cultivateur à Djangou, dans la région des Savanes, était resté silencieux pendant toute la séance d’auto évaluation. Pourtant, beaucoup de ses voisins s’étaient exprimés. Les femmes notamment, ce qui était nouveau ! A la fin, seulement, il s’est levé et il a annoncé à l’assemblée : « Maintenant, j’ai compris que le paludisme était véhiculé par les moustiques. Je vais vendre mon coq et acheter une moustiquaire ! »
Comme beaucoup de ses compatriotes, M. Tindandjoa avait jusqu’à ce jour attribué les symptômes du paludisme à l’ardeur du soleil, ou encore, pour les cas graves, à quelque sort jeté par des voisins malveillants. Certes, des informations plus scientifiques étaient parvenues jusqu’au village et certains y avaient prêté attention. Mieux encore, en 2004, une impressionnante campagne nationale avait permis de distribuer 866 000 moustiquaires imprégnées d’insecticide à travers tout le pays (4,5 milliards de francs CFA, financée par la Croix Rouge Canadienne).
La Croix Rouge Togolaise avait participé en première ligne à cette opération en mobilisant ses 15 000 volontaires. Mais comme le dit son président, Norbert Paniak : « C’est une chose de distribuer des moustiquaires, une autre de les utiliser. Et le plus important, dans la lutte contre le paludisme, c’est la sensibilisation des populations. Que les communautés reconnaissent le problème et qu’elles se prennent en charge ».
Or, en 2004, ce n’était pas toujours le cas. Lucien Lokou, agent de la Croix Rouge à Soutouboua se souvient : « Certaines personnes étaient réticentes. Elles disaient qu’il fait chaud sous les moustiquaires, où même qu’on s’y sent « comme dans un cercueil » ... Nous étions là, avec nos volontaires, mais nous parlions dans le vide ... et les messages des médias avaient peu d’écho ».
Soucieuse d’optimiser au maximum l’impact de la campagne de 2004, la Croix Rouge Togolaise avait décidé le lancement d’une vaste opération de suivi, baptisée « Keep up ». Il s’agissait de s’assurer non seulement de l’utilisation des moustiquaires, mais aussi de la mise en oeuvre par la population de toutes les actions de prévention et de traitement.
Mais comment faire ?
Blaise Toulassi Sedoh, coordinateur national de la Croix Rouge chargé du programme du VIH/SIDA et du paludisme et coordinateur national adjoint de cette campagne de 2004, était particulièrement convaincu de l’indispensable mobilisation communautaire. Il avait fait l’expérience, pour le VIH/sida, de l’efficacité d’une approche basée sur le potentiel des communautés. Initiée par la Constellation pour la Compétence face au Sida, une ONG active dans plus de vingt pays, cette approche, sa méthodologie rigoureuse, ses outils - en particulier la grille d’auto évaluation - venait d’être adaptée à la lutte contre la Malaria avec l’appui de Roll Back Malaria. Et Blaise Seddo avait été l’un des facilitateurs de l’atelier de Mombassa.
Convaincu que l’outil d’auto évaluation répondait parfaitement au souci de suivi de la campagne de 2004, Blaise l’avait fait intégrer à la stratégie de mobilisation communautaire de la Croix Rouge.
Dès janvier 2005, il formait 22 « coaches » de district répartis dans tout le pays. Chacun d’entre eux allait, à son tour, transmettre la maîtrise de l’outil d’auto évaluation à quelque 30 ou 40 coaches locaux (le coach local supervise les activités des volontaires de la croix rouge dans sa communauté), souvent accompagnés de volontaires, ainsi qu’à d’innombrables clubs des mères. Ces dernières allaient jouer un rôle déterminant.
« A partir de ce moment, se rappelle Blaise, nous avons utilisé l’outil d’auto évaluation systématiquement, d’un bout à l’autre du pays. Depuis lors, l’approche de la Compétence des communautés face au paludisme, est devenue partie intégrante de la culture de la Croix Rouge Togolaise ».
Ce n’est pas un hasard. La Croix Rouge et la Constellation partagent en effet une même vision de l’homme. Chez tous les coaches de district de la Croix Rouge, tous les coaches locaux, la profession de foi est identique : « L’homme est l’élément central de toute solution ; s’il n’est pas placé au centre, il n’y a pas de solution ». Et la Constellation agit, partout dans le monde, pour promouvoir la réponse des communautés locales aux défis qu’elles doivent affronter.
En outre, loin d’être un énième nouveau programme concocté dans quelque lointain état- major, la Compétence face au paludisme et son outil d’autoévaluation s’insèrent naturellement dans les stratégies existantes qu’elles dynamisent. « De tous temps, les programmes nationaux ont été des programmes descendants, rappelle Blaise Sedoh. Mais il ne suffit pas d’avoir un programme : si les gens ne sont pas motivés, ne participent pas, on n’a pas de résultat. L’auto évaluation permet de partir de la base. La communauté s’approprie la lutte, et c’est le seul garant de l’efficacité et de la durabilité de l’action ».

