Les Clubs des Mères, cheval de Troie de la Compétence
Pour stimuler la prise de conscience et éveiller cette « intelligence qui dort dans les villages », la Croix Rouge s’appuie sur tous les relais de communication de son réseau et sur toutes les structures existantes dans les communautés :
- A l’échelon des régions : les coordinateurs régionaux de la CRT (salariés)
- A l’échelon des districts : les coaches de district (bénévoles ou salariés selon les districts)
- A l’échelon de chaque communautés : les coaches locaux * (tous bénévoles), le groupe des volontaires de la Croix Rouge, les comités villageois de développement, les groupes de théâtre, les groupes de jeunes, les infirmiers... Et surtout les clubs des mères. C’est un vrai choix politique comme le souligne Blaise Sedoh : « La Croix Rouge a pris comme levier de développement l’organisation de groupes de femmes ».
A ce jour, on compte près de 700 clubs des mères de la Croix Rouge dans tout le pays. Chacun regroupe de 30 à 70 femmes. Plus de la moitié ont déjà pratiqué l’auto évaluation de leurs compétences face au paludisme et sont passés à l’action.
* Le coach local est, dans un village donné, le volontaire qui coordonne les différentes activités de la Croix-Rouge : prévention, secourisme, etc. Il reçoit trois jours de formation au paludisme dont un à l’auto évaluation)
« Cette pratique nous a vraiment permis d’intégrer les femmes à la recherche des solutions » indique Gladys Tay-Agbobli, chargée de l’animation de ces clubs à l’échelon
national. « Ce sont les femmes, désormais, qui cherchent les solutions pour préserver la santé de leurs enfants. Et aussi la leur, car si elles tombent malades, c’est toute la famille qui l’est ».
Aziawo Kokou, coach du district de Zio Sud (région maritime) ne tarit pas d’éloge sur le club des mères de Bolougan : « Avant que nous travaillions ensemble, les femmes, là-bas, pensaient que le paludisme était une affaire de sorcellerie. Une fois la prise de conscience faite, elles ont décidé d’agir. Faute de moyens disponibles, elles se sont mises à cultiver du maïs et du manioc dans un champ collectif, et avec le produit de la vente de la récolte elles ont acheté des moustiquaires ».
Les trente cinq femmes du club des mères de Gboto Assingamé (région maritime) qui nous ont chaleureusement accueillis un soir, avaient toutes un exemplaire de la grille d’auto évaluation à la main. « C’est notre guide ! s’exclame Mme Katerita. Nous le consultons ensemble tous les jeudis. Les enfants en font la lecture à leurs parents illettrés. Cela nous aide à décider de ce que nous allons faire au cours de la semaine pour lutter contre le paludisme ». C’est ainsi qu’elles ont décidé de cotiser 40 Frs CFA tous les quinze jours, ce qui leur permet d’acheter dix moustiquaires par mois.
Elles visitent systématiquement les familles pour les informer, les convaincre d’utiliser les moustiquaires. « Certains féticheurs avaient refusé que leurs femmes dorment dessous, c’est fini ».
Kokoko Gapoti, grand féticheur, respecté dans le village, confirme : « Naguère, beaucoup de personnes étaient malades du paludisme. Les femmes n’allaient pas à la consultation prénatale. Les fausses couches étaient nombreuses, ainsi que les décès de jeunes enfants. Depuis que nous avons discuté, il n’y a plus eu de morts nés. Les femmes enceintes de trois mois vont à la consultation. J’y ai d’ailleurs amené la mienne. »

