Un effet pacifiant
Le dialogue qui s’est instauré dans les communautés à l’occasion des séances d’auto évaluation a eu d’autres effets :
Dans les couples, d’abord. A Gboto Assigamé, Amouzou Voudou répond sans hésiter quand on lui demande ce qu’elle a retiré, à titre personnel de la pratique de l’auto évaluation : « Désormais, on ne se dispute plus, avec mon mari, parce qu’on se parle. Nous avons pris l’habitude d’écouter et de parler calmement, de répondre avec patience ».
Une dame d’Aloukpbabountou : « Maintenant, à la maison, on discute, on partage avec nos maris. Par exemple on parle de la planification familiale. Avant, l’homme décidait du nombre d’enfant. Il fallait en faire le plus possible, et comme on n’avait pas les moyens de bien les élever nous faisions des voleurs et des délinquants. Maintenant on parle, on décide ensemble combien on en veut ».
Par ailleurs, le travail collectif sur les causes du paludisme a, de l’avis de nombre de nos interlocuteurs, pacifié l’atmosphère dans les villages. Et ce pour une raison bien précise :
En raison des symptômes impressionnants qui les caractérise : convulsions, yeux révulsés, bave, etc ... les cas de paludisme graves étaient traditionnellement attribués à la sorcellerie. Pas forcément à l’action d’un sorcier, mais à celle d’un membre de la communauté, souvent poussé par la jalousie, et qui aurait jeté un mauvais sort à la malheureuse « victime ». Des familles étaient ainsi brouillées à mort. L’identification de la cause réelle du mal a apporté beaucoup de paix dans les communautés...
Enfin, les résultats obtenus apportent confiance et bonne volonté collective. « Les gens sont aujourd’hui plus sensibles à l’effort commun, observe Blaise Sedoh. Dans une communauté qui a fait son auto évaluation, il est plus facile qu’avant de trouver des gens prêts à agir ensemble ».

