L'impact de l'approche de la Compétence face au paludisme

Les femmes parlent en public!

Djangou, Togo

L’un des résultats les plus impressionnants de la pratique de l’auto évaluation est la prise de parole publique des femmes, dans une société où elles n’y avaient guère accès.

« Avant, seuls les hommes parlaient, se souvient  Lamboni Kouami, président du comité régional de la région des Savanes. Les femmes avaient peur d’être tapées une fois rentrées à la maison, lorsque leur mari leur dirait : « Comment ! Mais tu as pris la parole ! »  Aujourd’hui elles parlent, sans crainte, devant les chefs ! Croyez moi : Dieu nous a éclairés pour créer les clubs des mères ».

Pour Blaise Sedoh, c’est bien une évolution considérable : « Dans nos milieux, les femmes n’avaient guère le droit à la parole. L’homme prenait toutes les décisions. Mais quand, au cours d’une auto évaluation, une femme réalise les risques que le paludisme fait courir à son petit enfant, un dialogue s’instaure avec le mari : « même si tu ne te soucies pas de moi, soucies-toi de ton enfant ». Et le mari se met à agir... »

« Aujourd’hui, renchérit Gladys Tay-Agbobli, les femmes s’expriment, même quand les chefs sont là. Cinq membres de nos clubs de mères se sont même présentées aux dernières élections législatives ! Elles n’ont pas été élues, mais elles comptent bien se représenter. »

Certes, ce mouvement d’émancipation a d’abord suscité quelque inquiétude. Un chef a demandé : « Mais si les femmes se prennent ainsi en main, ne vont-elles pas un jour revendiquer la chefferie ? ». On l’a vite rassuré : « Non, elles se préoccupent de questions de santé, rien de plus  ». Et tous les chefs rencontrés se félicitaient, au contraire, du dynamisme des femmes et de leur pouvoir d’entraînement en matière d’assainissement de l’environnement et de toutes les bonnes pratiques concernant le paludisme.

On constate, de façon plus générale, une reconnaissance accrue du rôle des femmes et de leur dignité. Témoin, cette initiative d’Adelassi Aremu, le coordinateur de la région des Savanes : « Ici la plupart des femmes n’ont même pas d’acte de naissance, aucun papier d’état civil. Pour leur donner une première identité formelle, nous avons créé une carte de membre des clubs des mères».